jeudi, 07 août 2008

En écoutant Smokey Rolls Down Thunder Canyon de Devendra Banhart

Je me suis surpris à me sentir plus léger ce soir, plus frais. La journée a été lourde, triste, de moiteur, de malaise, de somnolence, de sueurs froides aussi, de comptes à rebours effrayants, de peurs incontrôlables devant les responsabilités, comment dire, civiques peut-être, auxquelles j'ai toujours autant de mal à me contraindre. La ligne 12 était étouffante, ma main a effleuré par inadvertance le crâne chauve d'un homme assis sur un strapontin: regard agacé, le frôlement étant malvenu, et cette bizarre sensation d'un crâne chauve mais rugueux comme une barbe de trois jours. La ligne 5 puait. Chaleur et puanteur. Et puis quoi, effet salutaire de la douche sans doute, du rasage de près, de l'arrivée de Renato demain, qui m'a répété, c'était un jeu, "rdv à sept heures trente-deux", "rdv à sept heures trente-deux", "rdv à sept heures trente-deux"...

Axel pilote des Boeing 747. Je lui ai dit: "ça va peut-être te paraître bête et naïf", mais ça m'impressionne. Il a répondu: "c'est comme conduire une grosse voiture". On se verra mardi prochain finalement. Je ne suis pas mécontent que le rendez-vous soit décalé. Il me parle de pelouse ou de prairie, ça me plait. Tout cela est bête et naïf, mais j'aime.

Alors je verrai Rudy mercredi. Rudy qui a mis de nouvelles photos sur son blog. Des portraits d'un garçon dont on ne voit jamais le visage de face. Des photos vaporeuses, en suspens, joliment floutées. Et puis il y a eu ce choc en faisant défiler frénétiquement quelques centaines de photos de Hedi Slimane trouvées sur un blog. Des potraits de garçons dans des concerts rock. Des noir et blanc magnifiques. Et j'ai mis une photo en fond d'écran au bureau, des bandes noires et des bandes blanches horizontales, et en bas, en lettres capitales, en noir sur blanc, sur un mur semble-t-il: NOT TO BE. Ca me va bien en ce moment. L'humeur du moment, comme on disait avec Renato. Not to be, c'est aussi le titre d'un roman de Christine Angot, d'ailleurs. Au milieu, une feuille, bizarrement accrochée: la paperasse au milieu de la question existentielle. Ca me va vraiment bien. Bête et naïf, encore. Mais tant de légèreté, ce soir.

Et Fabien, depuis trois heures ensommeillé sur sa petite photo carrée, la tête posée sur l'oreiller, les longs sourcils noirs dessinant deux courbes que je voudrais caresser, "absent" sur msn, me dit enfin "coucou" après des semaines de silence. Et j'attends pour répondre.

dimanche, 27 juillet 2008

Sans famille

Grasses matinées tous les jours depuis une semaine. Un baiser, un corps qui remue à côté de moi: "Papa, tu te réveilles?". Plus rarement, c'est moi qui me lève en premier. L'ouverture du volet. Les mains sur les yeux pour se protéger de la lumière. Un coup d'oeil dans le miroir pour observer la barbe abandonnée avant de passer à la cuisine. Les nouvelles du monde à la radio, les céréales au chocolat, et mon morceau de baguette beurré.

Des balades dans Paris. Clélie veut aller à la Seine, à cause du sable. Pas facile d'entrer en contact avec les autres enfants. Pourtant elle y va franchement, et avec le sourire. Tout à l'heure, elle s'installe d'elle-même à la terrasse d'un café; je n'avais plus qu'à m'aligner. Chocolat chaud pour elle, café crème pour moi, malgré la chaleur. 

Jeudi, je lui ai acheté un pendentif en forme de sifflet, rose, ajouré, avec des strass. C'était chez un grossiste de la rue des Bijoux. Une vendeuse m'a tendu un plateau blanchâtre. Ne sachant que faire, j'y ai déposé le pendentif. Réaction de gêne: la vendeuse est repartie dans le fond du magasin et a posé le plateau à côté d'elle. J'ai aussi acheté un porte-clé fantaisie. J'ai compris que la vente au détail était une faveur quand un vendeur, qui semblait être le patron, m'a dit qu'il ne prenait les cartes bleues qu'à partir de soixante euros. Clélie ne quitte plus son sifflet.

En ce moment, c'est la série des Remi, que je n'avais pas vue depuis vingt-cinq ans sans doute. Je suis surpris d'y découvrir le Canal du Midi, Carcassonne, et le Paris de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les dessins et les couleurs sont magnifiques, l'eau des voies fluviales puis la neige scintillent dans une débauche d'effets optiques qui permettent souvent un basculement dans le rêve. Clélie a retenu les noms bizarres des animaux, qui meurent un à un. Elle reconnaît Notre-Dame de Paris et les quais de la Seine. Mais c'est l'hiver, un hiver très rude. Vitalis veut faire de Rémi un homme en le mettant à l'épreuve. Clélie m'a demandé cet après-midi: "Ca veut dire quoi, en guenilles?". Elle pensait à Cendrillon, pas à  Rémi.

Fabrizio nous a rendu visite hier. Promenade à La Villette, puis dîner. Fabrizio ne connaissait pas la Géode. Il m'a parlé de deux personnes qui ont entre trente et quarante ans, à qui il donne des cours d'italien, et qui ne connaissaient pas Rimbaud. On a écouté ma musique et regardé un épisode de Rémi. Fabrizio connaissait. On a le même âge. Ca passait en Italie aussi. Il m'a parlé à plusieurs reprises de la tristesse de cette histoire édifiante, et a éprouvé la même fascination que moi pour l'esthétique. Aujourd'hui, Fabrizio m'a envoyé une pièce de théâtre et un recueil de poèmes. J'ai imprimé à peu près cent vingt pages. Il me demande mon avis.

J'ai aussi téléchargé de la musique sur mp3fiesta.com: une compilation des Beach Boys, une autre d'Elvis Presley, un album de Missy Elliot, et le premier album de Devendra Banhart. J'oubliais le dernier album de Carla Bruni. Du haut de ses quatre ans, Clélie m'a demandé: "Tu sais que c'est la copine de Nicolas Sarkozy?"

Ce soir, j'ai trouvé des modèles de jupes intéressants sur anderslandinger.com. Je continue de me renseigner sur l'épilation au laser. Je continue d'en rêver pour la barbe. C'est sur les forums de transexuelles qu'on a les renseignements les plus précis, et les témoignages les plus fiables sans doute.

samedi, 19 juillet 2008

Dans la solitude


podcast

J'ai remixé l'ouverture de La Solitude la nuit dernière. Réécouté ce soir, sur la chaîne. Enregistré avec quelques modifications encore, et envoyé à Bruno. Plutôt satisfait. Une idée ce soir, au clavier. Pizzicato de contrebasse et clarinette. A étoffer. Il faut un peu de courage. Je n'en ai pas tellement.

Mal à la gorge. Inflammation. Deux fois en deux semaines. Je me sens démuni. Ca prend aussi aux oreilles, un peu partout, j'ai du mal à décrire ce qui se passe. Ca ne m'arrivait jamais avant. C'est pénible, je ne comprends pas. Sans doute les effets de l'eau de javel hier. Du coup je n'ai pas fumé aujourd'hui. Ca fait au moins deux ans que je n'ai pas passé une journée entière sans fumer. Enfin la journée n'est pas finie, et j'ai un paquet à portée de main.

Mal dans la bouche aussi. Résultat de ma nuit de folie, à mon retour d'Avignon. Trop bu, trop embrassé, dans le sous-sol du Cud, puis dans la rue. Comment s'appelle-t-il, Gaël, il m'aspirait la langue, c'était douloureux. Il a joui quatre fois; moi, deux. Je lui ai proposé une douche à deux. Le lendemain, j'avais mal aussi au gland. Mal en point, d'une manière générale. Je suis reparti de chez Gaël à 5h30 et j'ai pris le premier métro. Lui devait se lever à 7h pour aller travailler à Roissy. Sa copine est en vacances, il en profite. Il veut des enfants. Je lui ai dit que je ne juge pas. Mal placé pour juger. Somnolé dans le métro. J'ai acheté un énorme pain au raisin et un pain au chocolat en arrivant chez moi. J'ai mangé, assis sur mon lit, avant de m'effondrer.

Aménagé des placards hier. Je passe beaucoup de temps à ranger.

Aucune nouvelle de Fabien, qui annonce J-12 avant l'Espagne sur msn. Lucien, quant à lui, semble avoir écourté son séjour dans la Loire. Renato a eu sa première année. Rudy semble avoir emménagé à Paris.

J'ai déniché un petit synthétiseur dans le local poubelles. Emballé, en bon état, et il marche. Il fait le bonheur de Clélie, qui a joué une partie de la soirée. Je lui ai lu l'histoire d'Aladin ce soir.

lundi, 07 juillet 2008

Les chiens

Lucien est parti aujourd'hui. On a mangé ensemble ce midi, à la terrasse d'un café, les feuilles de salade s'envolaient, la crète de Lucien était aplatie aujourd'hui, son sac à dos lourdement posé contre un mur, je faisais attention à ne pas salir ma chemise et ma cravate, je lui ai dit que j'avais un peu les boules qu'il parte et de ne plus le revoir pendant si longtemps. Il ne comprend pas pourquoi Molière est tellement respecté, il n'aime pas Marivaux. Lucien est bien jeune. Dimanche, il a fini la nuit avec un homme de quarante ans, un certain Philippe, qui l'a invité au resto japonais, et qui l'a baladé boulevard Saint-Germain. Moi j'avais dégueulé aux abords du Cud, ma demi-bouteille de rhum et toutes les tensions accumulées. Je me suis fait ramasser par un Eric de quarante-trois ans. Je n'avais jamais passé la nuit avec quelqu'un d'aussi âgé. La veille, Lucien m'avait léché, il avait lu Les Chiens dans l'après-midi, et il avait eu envie de ça. Il me l'a avoué après quelques verres de rhum, mais je lui ai dit que ça ne me dérangeait pas. Lucien, j'aurais pu l'aimer. Pour que les choses soient claires, en titubant sur les trottoirs du Marais, on s'est dit qu'on allait rouler des pelles toute la nuit.

Hier soir, j'ai parlé avec Renato sur msn. Il avait ses lunettes de soleil, son brushing impeccable, une cigarette à la main, et le torse nu. Il viendra chez moi au mois d'août, un week-end. Il veut être infidèle et me voir. Je n'ai pas dit oui tout de suite et l'ai laissé insister quelque peu. Lucien et Renato sont très différents. Ils ne se reconnaîtraient pas s'ils se rencontraient. Moi, je les ai aimés tous les deux.

Estelle vient chez moi demain soir pour trier ses affaires dans ma cave. Ca fait une semaine qu'elle est installée dans son studio à Montparnasse.

Pas de nouvelles de Fabien. Je ne sais même pas s'il est à Paris comme prévu. Il est sans doute amoureux. Je laisse des messages sur msn, en vain. Ca m'apprendra, puisque c'est le tour que je lui ai joué au mois de mars. J'avais fait le mort, je l'avais évité. Fabien ne s'entendrait pas avec Renato, et il n'aurait sans doute rien à dire à Lucien. A eux trois, ils ont soixante ans. J'en ai bientôt trente-trois.

dimanche, 29 juin 2008

Les maîtres

Soirée autour des maîtres. Restaurant du musée des Beaux-Arts. Audrey monte dans ma voiture. Je suis un peu isolé. Beaucoup de normaliens, thésards ou docteurs. Je n'ai pas d'anecdotes sur le bac français cette année. Mes anecdotes sont des anecdotes de bureau. Ma voisine de table parle aussi de sa chef.

J'envoie un sms à Lucien, comme la veille. Je lui demande simplement s'il est à Lille. Pas de réponse. Je ne passerai donc pas la nuit avec lui. Je ne sais pas où je vais dormir. Jérôme est chez mon père; pas de place pour moi. Je n'ai pas prévenu Niko, ni Nathalie. Je dors dans la voiture, sur une aire d'autoroute. Un endroit que je connais bien. Des voitures s'arrêtent, des hommes en sortent parfois. Le ballet lent et prévisible des phares braqués sur vous pour vous évaluer. Vers cinq heures, une voiture s'arrête près de la mienne. Je me réveille. Le conducteur descend, passe et repasse à côté de moi. Le deal commence, ça prend un peu de temps. J'ouvre ma fenêtre, le contact est bon. Je le laisse entrer. Il n'est ni beau ni mince, ni bien monté, mais le contact est bon. Les cheveux très courts et très doux. Le goût est bon. Ca me va, et je me laisse aller. Il s'appelle Philippe. Il revient de Lille. Il rentre chez ses parents, dans l'Aisne. Il doit avoir quarante-cinq ans. Je ris parce que c'était bien.

Je dors trois heures.

Lucien me répond le lendemain. Il n'avait plus de crédit. Il me dit qu'il est à Lille. Je lui dis "trop tard": je suis déjà rentré à Paris. Lucien doit venir le week-end prochain de toute façon. Amandine et Charlotte seront sans doute de la partie. Il y a Fabien, aussi, qui arrive à Paris le 3.

Lundi soir, j'aide Estelle à déménager. Sa mère sera là. On fera un seul trajet, de son hôtel à son appartement, d'Oberkampf à Montparnasse. Je n'ai pas vu sa mère depuis 1994. Estelle sort à nouveau avec David, mais uniquement pour sa beauté, me dit-elle.

Promenade dans Paris avec Clélie ce soir. Rue de Rivoli, la Cité, bateau bus, puis bus des Champs-Elysées à la Gare du Nord. Clélie écrit son prénom sur un vieux programme de Théâtre, ciment de l'Europe. Elle ne termine pas sa glace. Elle est jolie dans son imperméable d'été blanc.

En début de soirée, on s'est arrêtés à la Fontaine des Innocents. Je lui ai dit que la fontaine avait quatre cents ans. Elle a répété: "quatre cents ans!". On a regardé les bas-reliefs, puis on est partis.

J'ai salué Monsieur Caramatie. Je lui ai parlé de mon parcours depuis la khâgne. La Fontaine des Innocents, Jean Goujon, la couverture du livre de Henri Zerner sur l'architecture française de la Renaissance. Je n'ai pas eu de maîtres, je crois, ou je ne les ai pas encore trouvés. Je n'ai rien contre l'idée. Ou alors je suis passé à côté de mes maîtres.

dimanche, 15 juin 2008

Hygiène

Un impératif: écrire. Reprendre mon usage du monde. Reprendre Lacrimae Christi.

Appeler Fabrizio demain. Appeler Renato.

A la fin de L'Ile, le moine illuminé se glisse dans son cercueil. La course avec Fabrizio pour arriver au cinéma. Trop tard de toute façon: on a raté les treize premières minutes. La brasserie était très chère, on a mangé des croque-monsieur. Parlé de nos mères. Je l'avais presque oublié: décédées toutes les deux d'un cancer, la même année. Et nous avons le même âge. La sienne est partie en six mois, la mienne en trois. Fabrizio avait les larmes aux yeux en sortant du cinéma. Avec Fabrizio, on s'est retrouvés comme deux amis trop longtemps séparés.

Un autre impératif: les impôts, les amendes, le changement d'adresse que je n'ai pas signalé partout.

Vidé mes deux profils sur Rezog. Marre de ça. Plus exactement: peur de ne plus être capable de rencontrer quelqu'un dans un autre contexte. Marre de l'étalage de la chair, en tout cas.

Coupé la frange de Clélie hier soir. Elle a encore toussé ce week-end, mais moins que la fois dernière. J'étais son paparapluie, son paparasol, son paparachute, et son paparadis. "Que j'aime pour la vie."

Le Masque et la Plume: "j'adore" ou "c'est de la merde" (sic).

Kim passe le week-end chez ses parents. Elle ne rentre que demain. Je suis seul ce soir. Il y a 69 mails non lus dans ma boîte de réception, dont 49 pour le travail. Les 20 autres traînent depuis longtemps.

J'ai mangé n'importe quoi ce week-end.

Je me suis défoulé sur un bouton au milieu de front.

Je n'ai toujours pas envie d'arrêter de fumer.

J'ai failli acheter du vin, il y a une heure. Il est encore temps.

lundi, 26 mai 2008

Entre les murs

Florian, vendredi soir, métro Philippe Auguste. Je l'appelle, il me guide jusque chez lui, me donne les codes d'entrée. Quand il ouvre la porte de son appartement, je vois un jeune homme un peu triste, un peu terne, sans la lumière du Floryboy qui m'avait dragué la veille sur Internet. Les choses vont vite, Florian me déshabille, me fait allonger sur son lit, et s'applique à me faire jouir. Il garde son jean et sa chemise. Je repars au bout d'une trentaine de minutes. Sur le chat, il m'a répété tout à l'heure, comme il me l'avait dit chez lui: "Je kiffe sucer".

Samedi j'ai travaillé. C'est exceptionnel. Gare Saint-Lazare à sept heures trente, destination Marly-le-Roy. En rentrant, dans l'après-midi, des appels téléphoniques, nouveaux contacts pour la Saison. Le soir, l'atelier théâtre de Sylvie au Théâtre 95. La Noce chez les petits bourgeois de Brecht. A l'avant-scène, un immense poisson en papier mâché dont la chair blafarde s'impose dans l'obscurité du plateau, entre les différentes séquences, caressée par le vibrato exquis d'Ute Lemper comme une lame affûtée glissant sur la peau sans jamais s'y oublier.

Françoise fait la bise avec énergie. Elle fait quatre bises. On a donc deux fois la sensation de ses longs poils plantés dans un gros bouton qu'elle a sur la joue gauche. Nous étions quatre chez Sylvie après le spectacle. Quatre divorcés (ou en instance de divorce). Françoise a trois enfants. Elle sort plus qu'eux sans doute. Elle n'aime pas les sacs à main; d'ailleurs elle a oublié son sac chez Sylvie et n'a pas jugé urgent de venir le rechercher. Son ex aime faire les magasins, et s'est trouvé une compagne qui aime faire les magasins.

Les parents de Sylvie sont partis après le spectacle: nous avons mangé sans eux le gâteau que Philippe avait acheté dans l'après-midi. Un framboisier en forme de coeur. "Bonne fête maman", écrit en rouge, un peu partout sur le gâteau, typographie régulière imitant l'écriture manuscrite. Moments de solitude, d'absence. C'est la deuxième année que je n'ai plus rien à fêter. Je mettrai des fleurs sur la tombe dimanche prochain.

Dimanche après-midi. Sylvie et Philippe sont partis chez les parents de Sylvie. Je pars après eux, laissant les clés dans la boîte aux lettres. Lu quelques pages du De Brevitate Vitae de Sénèque. Expo Sophie Calle, que je ne voulais surtout pas rater. Où l'on retrouve Christine Angot. Et Christine a raison quand elle écrit à Sophie Calle: "Le choeur que tu as formé autour de cette lettre, c'est le choeur de la mort". Je suis déçu par l'expo, je ne vois pas l'intérêt de cette tentative d'épuisement. Je suis amusé d'y retrouver Françoise (l'autre Françoise), qui s'interroge sur le compte syllabique de la formule finale: "prenez soin de vous" ou "prenez soin d'vous". Je me rends compte, en écrivant cela, que ce qu'il y a de plus surprenant, dans "prenez soin de vous", c'est le "vous". Ce soir, j'ai lu des articles sur l'expo et j'ai trouvé sans peine l'identité de X. Je viens de trouver la couverture du numéro des Inrockuptibles où le couple a publié un questionnaire insolite dont tout le monde dit beaucoup de bien. A la question "Quand êtes-vous déjà mort?", je réponds: dans la nuit du 23 au 24 juillet 2006. A l'injonction "Rédigez votre épitaphe", je réponds: "CI-GÎT EN OMBRE DE FUMEE LE PLUS AIMABLE DE MES SONGES, DISPARU UNE NUIT D'ETE QU'UN EMPHRASEMENT DU REFUS DEPOSA COMME UN RIRE SOMBRE SA GUIRLANDE DE MOTS AMERS".

Plan cam avec un inconnu. Il y a des feuilles sur sa table: je lui demande s'il écrit. Il me répond qu'il corrige des copies, qu'il est prof de français en collège. Malgré tout nous passons à l'action. Il a trop de travail, n'a pas le temps de venir chez moi ou de me recevoir. Je sais ce que c'est, le dimanche, quand on est prof. Je ne lui ai même pas demandé son nom.

Je mange un grand paquet de chips, bois un verre de vin, dors trois heures.

Je parle un peu avec Fabien sur msn.

Je fais des recherches sur le Prix de l'Education, et je découvre la Palme d'or. A sa sortie, le livre m'était tombé des mains. Le quotidien d'un prof de collège, je n'avais pas envie de lire ça, c'était trop proche de mon propre quotidien. Et puis je trouve François Bégaudeau insupportable quand il parle du football.

mardi, 15 avril 2008

Qui rêverai-je cette nuit?

Je n'ai pas parlé de ma semaine de papa à plein temps; je n'en parlerai pas. Je ne peux pas parler de ma petite fille ici, ou pas encore. Je ne sais pas quels mots mettre sur ce que j'ai ressenti.

Alors je parlerai du petit Chinois qui m'a reçu dans un appartement exigu et qui était si pressé que je suis resté chez lui à peine dix minutes (lits superposés, vêtements d'enfant séchant sur un étendoir, quelques mots échangés sans vraiment se comprendre, pas de baisers, des sourires, et la pluie en sortant, et je me demandais comment ouvrir la grille en sortant, cherchant vainement une solution dans le scrutement du système de fermeture, et j'étais joyeux parce que le déplacement ne m'avait coûté que quelques stations de métro, trois quarts d'heure tout au plus, et qu'il me restait encore deux heures avant le rendez-vous avec Laurent, pour lequel je me suis préparé longuement, rasage de près, épilation méticuleuse des aisselles et du torse, gel dans les cheveux, fond de teint, savant mariage de bleus et de noirs dans ma mise précieuse et décontractée).

Laurent me trouble; c'est à cause de son regard, de son détachement peut-être. Il y eut quelques silences. Laurent fume une cigarette (c'est moi qui la lui offre). J'en fume trois. Nous restons plus d'une heure à la terrasse des Marronniers. C'est lui qui me propose l'endroit. C'est bien le seul que je connaisse vraiment dans le quartier. J'y ai dîné avec Rudy, Lucien (il me semble, mais je l'invente peut-être) et Caroline.

Je suis attiré par Laurent, mais je ne sais pas exactement ce qui m'attire chez lui. C'est physique évidemment. Sa peau paraît très douce. Il est grand et fin. Et puis il est artiste à plein temps. Il me dit que pour lui le dimanche est un jour comme les autres. D'ailleurs il a rendez-vous avec un collaborateur (c'est moi qui emploie ce terme) à 21 heures. Nous n'avons donc pas d'intimité, et nous n'en aurons probablement pas. Mais nous nous reverrons, bien sûr. Je préfèrerais: nous nous rêverons.

Trois messages de Lucien, cette nuit, quand j'ai déplié mon portable, que j'avais mis en mode silencieux (j'étais devant une grille que je ne savais comment ouvrir, il devait être une heure, je m'étais abandonné à un jeune ours puissant et doux): "C louise bourgeois sur france inter", "Euh france culture", puis "Ah c'était la fin, je dors.". Renato m'a appris que le point final dans un sms est un point de non-retour. A quoi j'ai répondu "Dommage g raté... Bonne nuit et bisous". Sans point. (J'avais écrit à Véro, dans la soirée: "Tu manques de comédiens? J'en connais un qui me manque terriblement, mais je me dis qu'il sera peut-être à Paris dans 2 ans pour ses études, si je n'ai pas eu un coup de foudre pour qqn d'autre d'ici là. Je vois Lucien de temps en temps, à Paris ou à Lille. Encore il y a 10 jours. Il est si volatile, ce jeune homme! Sniff... Merci à toi en tout cas pour cette belle rencontre..."). Je n'avais pas écrit à Véro depuis des mois.

samedi, 05 avril 2008

Je ne vous voy pas a demy (2)

Rien écrit depuis lundi. Beaucoup travaillé. Peu lu. Pas écrit depuis la lettre de Lucien. Vu Lucien cet après-midi. Son sms m'a réveillé ce matin. "Je serai chez moi à 13h", quelque chose comme ça. La table basse était très salle. Lucien était très beau. Il y avait du soleil sur notre étreinte. Lucien m'a fait à manger après l'amour. Puis nous nous sommes quittés, vers dix-sept heures. J'ai encore son odeur au bout de mes doigts. J'allais oublier: Lucien m'a rendu ma montre. Je l'avais oubliée chez lui il y a quelques mois. Elle n'avait pas bougé depuis, elle était couverte d'une pellicule de poussière. Je retrouve la sensation de la montre au poignet gauche, c'est étrange.

vendredi, 28 mars 2008

Le Petit Poucet

Je feuilletais La Généalogie du masculin à la Librairie de Paris quand Martine m'a appelé. Elle m'a donné rendez-vous au Petit Poucet, me disant que c'était un endroit idéal (hier elle m'avait demandé comment on ferait pour se retrouver Place de Clichy: y avait-il plusieurs sorties de métro? Je lui avais répondu qu'elle n'aurait pas de mal à me reconnaître car je porterais un chapeau rose et une veste léopard). Je me suis installé sur la terrasse du Petit Poucet. J'ai lu quelques pages des Pensées de Léopardi. "Le moyen le plus sûr de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne jamais les dépasser". A retenir.

J'ai parlé de Lucien, de Rudy, de Renato. Les prénoms ont beaucoup fait rire Martine.

J'ai parlé d'Estelle, et nous avons marché sans but quelques minutes, revenant sur nos pas, traversant au mauvais endroit, ne trouvant pas le restaurant que nous cherchions, et qui était pourtant à deux pas. Le restaurant s'appelle Entre Nous.

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Sylvie m'a raccompagné chez moi en voiture. Longue ballade sur le périphérique intérieur, défilé des enseignes. Demain après-midi je roulerai vers Lille. Martine ne goûte pas la beauté de ce genre de paysage.

Il me restait à vider la voiture. Il était minuit. J'ai procédé avec méthode. J'ai sorti tous les sacs et les cartons, et j'ai calé les quatre portes donnant accès aux caves avec les sacs les plus lourds, de façon à ne pas perdre de temps à chaque trajet. J'ai réorganisé le rangement dans la cave. Sylvie dit que je suis maniaque. Des sacs se sont troués. J'ai ramassé un soutien-gorge rouge et des tablettes de médicaments. J'ai empilé sacs et cartons jusqu'au plafond.

J'oubliais de dire que quand je suis descendu dans le parking, j'ai entendu une voix familière. Une voix masculine, grave et belle, et le tic-tac d'un métronome entêté et boîteux (Martine est attirée par les boîteux et par les Claude; son nom veut dire boîteux en vénitien). Je me suis approché: ça venait du deuxième sous-sol. Je suis resté quelques minutes, tout près du chanteur inconnu qui s'entraîne dans les profondeurs d'un immeuble de béton et dont la voix me parvient parfois jusque dans la nuit ensommeillée, portée par le labirynthe des canalisations. La première fois, j'ai cru que j'avais une hallucination. C'est très beau. Je me suis demandé si j'allais m'approcher davantage et saluer mon voisin. Mais non.

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Cette valise, symbole de la présence d'Estelle dans ma vie. Je la trouve belle, posée comme une fleur qui se serait égarée dans la désolation du béton.

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