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samedi, 02 août 2008
La rue des Fourbisseurs
Mardi 29 juillet.
J'ai vaporisé un produit anti-moustiques sur mon visage, mes bras et mes jambes. Son odeur et sa texture me rappellent le traitement contre les morpions: fiole noire évoquant un poison des temps modernes, liquide transparent aux effluves d'essence qui me brûla la peau une longue demi-heure, nu et debout dans un deux-pièces qu'une amie m'avait prêté au mois de novembre (les journées étaient longues, la RATP en grève; j'allais en vélo de la Place Gambetta à la rue de Grenelle).
Je vais fumer une dernière cigarette, et peut-être m'embraserai-je, assis sur l'appui de fenêtre, exposé à la vue des passants qui passent encore plus ou moins bruyamment à deux heures du matin - et les camions poubelles hurlent encore, et les canettes de bière et les téléphones cellulaires tombent parfois sur les pavés blasés de la rue des Fourbisseurs.
(La cigarette est consumée. Je n'ai vu passer qu'un scooter. Une bouteilles s'est brisée à quelques mètres de moi. J'entends le tintement de couverts dans une assiette. Il y a aussi un bruit continu: ce ne sont pas les cigales, mais des climatiseurs.)
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A quoi bon un blog?
Mardi 29 juillet. Quelques notes volées à la nuit avignonnaise.
Clélie dort, à deux mètres de moi, allongée sur le ventre, la jambe gauche repliée, les cheveux en désordre. Ce soir, elle a dansé devant une chanteuse de jazz sur la Place de l'Horloge.
J'écris sur un cahier à spirales. Petit format. Petits carreaux. J'ai beaucoup de cahiers et de carnets. Tous les formats, toutes les épaisseurs. La plupart sont vides.
J'hésite à donner une autre forme à mon blog, à le supprimer, à en fermer l'accès. Il y a deux ans, à la mi-août 2006, j'ai fermé mes deux blogs, sur un coup de tête. J'ai perdu la plupart de mes textes car la clé USB sur laquelle j'avais sauvegardé les données m'a fait faux bond. Sur ces blogs, je jouais le jeu de la réalité et de la fiction, dans des poèmes et des textes en prose, récits et descriptions. Il y avait aussi des photos. Pour dire les choses rapidement, je tournais autour du pot. C'est trois semaines après mon coming out que j'ai mis un terme à cette activité quotidienne et frénétique. Je voulais aussi effacer les traces, me méfiant de ceux qui auraient voulu trouver des signes avant-coureurs du désastre.
J'ai commencé mes Folies minuscules dans un contexte différent. Ecrire, "guaranty of sanity". Ce n'est pas une thérapie; j'ai bien compris la leçon de Christine Angot. Ce n'est pas tant pour moi-même que je m'explique dans cette note, que pour ceux qui découvriraient mon blog au hasard de leurs errances sur le net. J'ai eu une espèce de sueur froide en découvrant que quelqu'un avait eu accès au blog par le biais d'une recherche simple mentionnant le nom d'un ancien professeur. Dans le même temps, j'ai constaté une augmentation de la fréquentation du blog, si bien que je me suis demandé si le blog tournait. Finalement, je me dis "et alors". C'est vrai, je mentionne les prénoms de certaines personnes de mon entourage. Il suffit d'entrer "Rudy Lucien" sur Google pour accéder à des pages du blog.
Ces notes sont un réservoir de souvenirs et de sensations pour autre chose. Il est nécessaire pour moi que cela se fasse sous cette forme.
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