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vendredi, 30 mai 2008
Je ne suis pas si seul
J'ai appelé Estelle ce soir, tard. C'est son anniversaire. Trente-trois ans. Elle vient de sortir du boulot. Elle va voir David et lui dire que leur histoire s'arrête là. Nous vieillissons.
Fabrizio m'a répondu ce matin. Je n'en reviens pas, il s'installe à Paris la semaine prochaine. De Viterbe à Paris. J'ai hâte qu'on se voie.
Renato m'a demandé de brancher la cam hier soir. Le petit con, il était torse nu. Il va bientôt plaquer sa copine. Il fume deux paquets de Dunhill par jour. Il doit repasser ses examens, n'a suivi qu'un cours d'amphi au deuxième semestre. Il y a un an, c'était la course à la mention très bien.
Martine me demande si j'ai eu son mail précédent. Oui, il me faut du temps pour y répondre.
Véronique me demande quand on pourra se voir. Je lui propose ce week-end. Un week-end au bord de la mer, je veux bien, avec Clélie.
Je suis rentré à 22h ce soir. Kim et Sébastien étaient dans la cuisine. Ils passent beaucoup de temps dans la cuisine, ils parlent beaucoup. Le fondant au chocolat de Sébastien est délicieux.
Jules m'a parlé sur msn. Il se sent mal, je ne sais pas pourquoi. Il voulait des tuyaux pour un stage dans la culture.
J'ai acheté une anthologie de la poésir érotique ce midi. "La terre s'alanguit, énervée, et la brise, Chaude encore des lits lointains, vient assouplir La mer enfin soumise... Voici la nuit d'amour depuis longtemps promise... Dans l'ombre je te vois divinement pâlir."
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lundi, 26 mai 2008
Entre les murs
Florian, vendredi soir, métro Philippe Auguste. Je l'appelle, il me guide jusque chez lui, me donne les codes d'entrée. Quand il ouvre la porte de son appartement, je vois un jeune homme un peu triste, un peu terne, sans la lumière du Floryboy qui m'avait dragué la veille sur Internet. Les choses vont vite, Florian me déshabille, me fait allonger sur son lit, et s'applique à me faire jouir. Il garde son jean et sa chemise. Je repars au bout d'une trentaine de minutes. Sur le chat, il m'a répété tout à l'heure, comme il me l'avait dit chez lui: "Je kiffe sucer".
Samedi j'ai travaillé. C'est exceptionnel. Gare Saint-Lazare à sept heures trente, destination Marly-le-Roy. En rentrant, dans l'après-midi, des appels téléphoniques, nouveaux contacts pour la Saison. Le soir, l'atelier théâtre de Sylvie au Théâtre 95. La Noce chez les petits bourgeois de Brecht. A l'avant-scène, un immense poisson en papier mâché dont la chair blafarde s'impose dans l'obscurité du plateau, entre les différentes séquences, caressée par le vibrato exquis d'Ute Lemper comme une lame affûtée glissant sur la peau sans jamais s'y oublier.
Françoise fait la bise avec énergie. Elle fait quatre bises. On a donc deux fois la sensation de ses longs poils plantés dans un gros bouton qu'elle a sur la joue gauche. Nous étions quatre chez Sylvie après le spectacle. Quatre divorcés (ou en instance de divorce). Françoise a trois enfants. Elle sort plus qu'eux sans doute. Elle n'aime pas les sacs à main; d'ailleurs elle a oublié son sac chez Sylvie et n'a pas jugé urgent de venir le rechercher. Son ex aime faire les magasins, et s'est trouvé une compagne qui aime faire les magasins.
Les parents de Sylvie sont partis après le spectacle: nous avons mangé sans eux le gâteau que Philippe avait acheté dans l'après-midi. Un framboisier en forme de coeur. "Bonne fête maman", écrit en rouge, un peu partout sur le gâteau, typographie régulière imitant l'écriture manuscrite. Moments de solitude, d'absence. C'est la deuxième année que je n'ai plus rien à fêter. Je mettrai des fleurs sur la tombe dimanche prochain.
Dimanche après-midi. Sylvie et Philippe sont partis chez les parents de Sylvie. Je pars après eux, laissant les clés dans la boîte aux lettres. Lu quelques pages du De Brevitate Vitae de Sénèque. Expo Sophie Calle, que je ne voulais surtout pas rater. Où l'on retrouve Christine Angot. Et Christine a raison quand elle écrit à Sophie Calle: "Le choeur que tu as formé autour de cette lettre, c'est le choeur de la mort". Je suis déçu par l'expo, je ne vois pas l'intérêt de cette tentative d'épuisement. Je suis amusé d'y retrouver Françoise (l'autre Françoise), qui s'interroge sur le compte syllabique de la formule finale: "prenez soin de vous" ou "prenez soin d'vous". Je me rends compte, en écrivant cela, que ce qu'il y a de plus surprenant, dans "prenez soin de vous", c'est le "vous". Ce soir, j'ai lu des articles sur l'expo et j'ai trouvé sans peine l'identité de X. Je viens de trouver la couverture du numéro des Inrockuptibles où le couple a publié un questionnaire insolite dont tout le monde dit beaucoup de bien. A la question "Quand êtes-vous déjà mort?", je réponds: dans la nuit du 23 au 24 juillet 2006. A l'injonction "Rédigez votre épitaphe", je réponds: "CI-GÎT EN OMBRE DE FUMEE LE PLUS AIMABLE DE MES SONGES, DISPARU UNE NUIT D'ETE QU'UN EMPHRASEMENT DU REFUS DEPOSA COMME UN RIRE SOMBRE SA GUIRLANDE DE MOTS AMERS".
Plan cam avec un inconnu. Il y a des feuilles sur sa table: je lui demande s'il écrit. Il me répond qu'il corrige des copies, qu'il est prof de français en collège. Malgré tout nous passons à l'action. Il a trop de travail, n'a pas le temps de venir chez moi ou de me recevoir. Je sais ce que c'est, le dimanche, quand on est prof. Je ne lui ai même pas demandé son nom.
Je mange un grand paquet de chips, bois un verre de vin, dors trois heures.
Je parle un peu avec Fabien sur msn.
Je fais des recherches sur le Prix de l'Education, et je découvre la Palme d'or. A sa sortie, le livre m'était tombé des mains. Le quotidien d'un prof de collège, je n'avais pas envie de lire ça, c'était trop proche de mon propre quotidien. Et puis je trouve François Bégaudeau insupportable quand il parle du football.
02:24 Publié dans Des histoires vraies, Les garçons | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


