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samedi, 29 mars 2008
Pochette rouge
Très cher Pierre, voici la petite cassette de mon montage dans lequel il y a tes musiques. Je suis désolé de n’avoir pas eu le temps d’attendre que les musiques que tu travaillais soient disponibles. J’ai un peu honte de t’avoir demandé cela. (Hugues, non daté, peut-être 2002) Enquête : la double vie des écrivains (Télérama, septembre 2006) Aerial, aerial, aerial (dessin, feutre, 1991) Melencolia (photocopie, 2000?) Il est bon que le sujet s’expose à l’étrangeté (Michel Foucauld, Les Mots et les choses, photocopies et notes manuscrites, 1997) Étant la sage Orbiconte retirée en sa chambre, comme auez entendu, elle fut ioyeuse & marrie tout ensemble, ioyeuse d’auoir si bien sondé & entendu le vouloir de l’Infante sa niece, & marrie de ne luy auoir peu raconter iusques à la fin ce qu’elle luy auoit commencé du Cheualier sans Repos… (L’Histoire Palladienne, 1997) Ave Maria (Franz Schubert, 199… ?) Le soir, dans une rue sombre, le Chourineur, un forçat libéré d’une quarantaine d’années agresse une jeune fille, la Goualeuse, encore appelée Fleur-de-Marie. (Résumé manuscrit des Mystères de Paris, 1994 ?) Elle gratte le sol / fouillant la mémoire d’un enfant / perdu. / Se roulant sur la terre / Priant le ciel accablant / Elle gratte le sol / Encore et encore. (« En équilibre », poème manuscrit sur fiche bristol, auteur inconnu, date inconnue) Le corps est le donné fondamental. Le plaisir, la souffrance, la maladie, la mort s’inscrivent en lui et, au fil de l’évolution biologique, façonne l’individu socialisé, c’est-à-dire mis en condition – comme on dit mis en demeure – de satisfaire à toutes les exigences et contraintes du pouvoir en place. (François Pluchart, Manifeste de l’art corporel, vraisemblablement copier-coller d’une page internet sur fichier Word, date inconnue) La nouveauté, ici, n’est pas que la société marchande récupère l’avant-garde – elle l’a toujours fait −, mais c’est qu’elle la récupère immédiatement. (« Attention, peinture fraîche », chronique d’Olivier Céna sur la rétrospective de Francis Maladry, dit Beaudelot, Télérama n°2784 du 21 mai 2003) Jane Avril (impressions couleur et cartes postales) Chacun dessous le masque des vertus / Tâche à cacher sa fourbe et sa malice / Son ambition, son envie, son avarice / Sa haine et ses mœurs corrompues / Et quoique déguisé autant qu’on le peut être / Personne néanmoins ne veut passer pour l’être. (Gravure anonyme du XVIIe siècle, strophe retranscrite sur une page de cours, cours du 14 novembre 1998) Étant jeune, j’ai su bien user des plaisirs, / Ores j’ai d’autres soins en semblables désirs (Mathurin Régnier, Satire XIII, cours, date inconnue) A ce portrait, l’ornement du tableau surpasse de beaucoup l’excellence de la figure que vous avez voulu représenter. Si j’ai eu quelques parties de celles que vous m’attribuez, les ennuis, les effaçant de l’extérieur, en ont aussi effacé le souvenir de ma mémoire, de sorte que, me remirant en votre Discours, je ferais volontiers comme la vieille Madame de Randan, qui, étant restée depuis la mort de son mari sans voir de miroir, rencontrant par hasard son visage dans le miroir d’une autre, demanda qui était celle-là. (Marguerite de Valois, Mémoires, cours, 2002) Allons-nous retrouver la vie ô faux défunts / Car est-ce une porte qui s’ouvre enfin car est-ce / Enfin le printemps qui arrive et son parfum / Bouleverse le vent ainsi qu’une caresse (Aragon, Le Crève-cœur, cours, 2003) Explosion et démocratisation du marché de la photographie (Télérama n° 2754 du 23 octobre 2002 – reproduction d’une photographie d’Andreas Gurski sur la dernière page de l’article : si j’ai bien compté, 34 fois 6 chaussures, soit 204 chaussures ; la photographie mesure 185 centimètres sur 442. Au-dessus : Noire et Blanche de Man Ray.) Une rétrospective consacrée au peintre Francis Picabia à Paris / La provoc sans peine (Télérama ; pas envie de sortir les pages arrachées de la pochette pour chercher la date) Christine Angot (Photocopie d’une photographie de Christine Angot et d’un article ; Le Monde 2 du 4 septembre 2004. C’est Geniève qui m’a donné ces photocopies, quelques mois après. Nous avons souvent parlé de Christine Angot. C’est l’année où j’ai fait étudier Peau d’Âne à mes élèves de première. Le 4 septembre, je n’avais pas encore découvert Christine Angot. C’est arrivé deux ou trois semaines après.) Les spectateurs, en très petit nombre, partageaient le même espace scénique que les acteurs. Pas de décor, pas d’effets de lumière, pas de grimage, pas de costumes. Pour Grotowski, l’acteur est le tout théâtre et le théâtre est là pour favoriser son passage à un degré d’humanité plus vrai que le degré quotidien. (article consacré à Grotowski, copier-coller d’internet. Marc Fumaroli. Je l’ai croisé il y a deux semaines.) Trois pages d’étiquettes pour imprimante. Nous passons nos nuits sur les fauteuils de théâtre / Le nocturne appelle la vigilance, sinon la surveillance (Là, j’ai ajouté un commentaire personnel : « cf. Koltès ! ») / A partir de Goya, la nuit est un moment dangereux, mais aussi libérateur / Surveillance – porosité générale – le privé n’est plus protégé / On a souvent assimilé le spectateur à un voyeur / Il y a différents degrés entre le voyeurisme et la surveillance / L’échange interhumain est toujours sujet à des dissimulations / La découverte de la vérité n’est qu’une étape : elle peut conduire à l’acte (Notes manuscrites, Georges Banu parlait sur France Culture, le jeudi 29 juin 2006. Un mois après, le 29 juillet, j’avais quitté la maison, ma maison, dans laquelle j’avais pris ces notes. Je me souviens, c’était un soir, j’étais assis à mon bureau, et j’écoutais la radio sur mon vieux baladeur. J’ai rouvert la pochette rouge aujourd’hui. Les archives sont présentées dans le désordre original. Cette pochette se trouve actuellement chez mon père. Je ne vais pas la jeter. J’ai jeté beaucoup d’autres choses aujourd’hui : papiers divers, photographies − du mariage, des vacances dans le Sud-Ouest, mais pas toutes −, classeurs de cours – je ne garde que les cours de première. Je vais ranger la pochette. Sa place est dans une étagère basse que j’ai rangée dans une penderie. Au-dessus pendent des habits : ceux de mon frère, et d’autres qui m’appartiennent et que je n’ai pas encore voulu amener à Paris – après avoir relu et partiellement réécrit ces dernières phrases, il me paraît évident que tout cela aboutit à la pendaison de Jean-Jacques, le 12 août 2002. La penderie, d’abord, mais déjà Hugues, sa lettre, que j’ai découverte en ouvrant la pochette, et puis une des photographies que j’ai retrouvées, cet après-midi : un ange photographié dans une église de Prague, en 2000. J’en avais donné un agrandissement à Fanny, le jour où elle était venue m’annoncer la mort de Jean-Jacques. Il faudrait que j’arrive à appeler Fanny pour lui demander l’autorisation de voir cette photographie. Je voudrais la photographier avec mon appareil numérique. C’est un tirage unique : révélation partielle au chiffon et au coton-tige, solarisation, et sépia brun. C’était très beau. Une image très érotique sans doute. Je ne sais pas si Fanny l’a encore. Je ne vois pas pourquoi elle s’en serait séparée. Mais j’hésite.)
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